Support et premiers gestes
Je tends une toile de coton brute et serrée sur un gros châssis. Je l’enduis d’un apprêt (gesso), puis je trace des signes à l’encre et au crayon : légers, délicats, subtils.
Processus : tracer, recouvrir, laisser apparaître
Je répète un cycle simple, plusieurs fois, jusqu’à trouver l’équilibre entre présence et effacement :
poser une couche de gesso ;parcourir la toile de traces légères ;observer ce qui bave, se dilue, s’efface ou résiste ;recouvrir à nouveau, pour dire et cacher.
C’est ce qui est caché qui m’intéresse : cette façon d’aller voir au-delà, à l’intérieur. Surface et profondeur — extérieur et intérieur — sont étroitement liés.
-
Matière, transparences, superpositionsJe termine par une couche d’acrylique blanche, sur laquelle je peux encore dessiner. Les signes se trouvent alors sur la peinture, dans la peinture et derrière la peinture. Le médium pénètre légèrement la toile, la recouvre ou s’y trouve comme retenu. Mon intervention et le support se mêlent en profondeur, même si la surface demeure la plus visible : il s’agit de transparences et de superpositions.
Expérience de regardLe grand format d’une toile presque blanche, traversée de signes délicats et aériens, peut susciter une émotion paisible. Etrangement, certains signes dessinés à l’encre de Chine ont une couleur bleutée, due au mélange de la peinture ou de l’apprêt.
Et s’approcher du tableau ouvre une introspection, à la fois du travail et de soi-même : j’invite à regarder les détails qui se trouvent au-delà, plus loin, à l’intérieur du tableau. Il s’agit d’un travail d’intériorité.