Mascarade est une œuvre évolutive, réalisée en 2009 puis revisitée en 2024. Ce retour volontaire à une peinture ancienne reflète la nécessité intérieure de l’artiste de reprendre possession d’un fragment de son passé, pour le révéler à nouveau sous un jour plus juste.
En accentuant les couleurs des tentures et en ajoutant une structure en bois au miroir, elle intensifie la théâtralité de la scène, comme pour assumer plus pleinement ce jeu de rôles et de reflets. Dans Mascarade, l’artiste met en scène la multiplicité des visages intérieurs que chacun porte, volontairement ou malgré soi. Le personnage principal, nu mais drapé, maquillé de silence, n’a pas de traits : elle refuse ou ignore son visage, préférant regarder les mille masques posés devant elle.
Chacun de ces masques représente une émotion fragmentée : la joie feinte, le sommeil intérieur, la peur, la tristesse, la ruse. Tous ont la bouche rouge, comme une trace d’identité projetée, un rappel du corps, du désir, ou de la violence du silence.
Le miroir vide renvoie à l’incapacité de se reconnaître dans une seule image.
Le ruban rouge, récurrent, relie cette femme aux autres toiles de l’artiste, comme une empreinte de constance dans le tumulte émotionnel.
Les bougies, posées comme des gardiens silencieux, veillent sur ce théâtre figé, elles n’éclairent pas, elles observent.
Mascarade parle du déséquilibre entre le soi profond et les masques que l’on endosse, volontairement ou socialement. C’est une œuvre sur le trouble de l’identité visible, sur le regard qui se détourne pour mieux échapper à l’évidence.