Invisible Flux part du principe que le monde visible et le monde invisible ne constituent pas deux domaines séparés, mais coexistent déjà sous forme superposée au sein d’un même espace. Si le visible correspond aux formes, aux matières et aux structures perceptibles, l’invisible renvoie à des dimensions telles que l’émotion, la mémoire ou l’inconscient, qui, bien que réelles, échappent à la perception directe.
Dans ce travail, l’encre (meok), matériau fondamental de la peinture orientale, est utilisée pour ses propriétés de diffusion, de profondeur et de transformation. Par des superpositions répétées, l’artiste construit une structure où différentes strates temporelles et sensibles se croisent et coexistent. Les zones de forte concentration d’encre évoquent un état latent, une énergie interne encore non révélée, tandis que les zones de diffusion traduisent un état intermédiaire entre forme et disparition. Ainsi, l’image ne se fixe pas, mais demeure dans un état de tension entre apparition et effacement.
L’usage du sel introduit une autre dimension de transformation. Au contact de l’encre, il absorbe l’humidité et modifie localement sa densité, faisant apparaître des traces lumineuses au sein de la matière sombre. Ce phénomène ne relève pas uniquement d’un effet physique, mais révèle un processus de mutation au sein même de la surface picturale.
Dans les cultures d’Asie de l’Est, le sel possède également une dimension symbolique liée à la purification et aux pratiques rituelles. Issu de l’évaporation de l’eau sous l’action du soleil, il est associé à la lumière et à une énergie de nature active. Dans ce travail, le sel n’est pas employé comme un symbole à représenter, mais comme une matière agissante, capable de transformer l’encre et de faire émerger des traces de lumière. L’interaction entre ces deux éléments donne lieu à un état dynamique où obscurité et clarté ne s’opposent pas, mais coexistent et se transforment mutuellement.
La ligne, quant à elle, n’est pas utilisée pour délimiter des formes, mais comme la trace d’une force invisible en mouvement. Si la diffusion de l’encre révèle un état expansif, la ligne matérialise la direction et la concentration de cette énergie, rendant perceptible une tension interne au sein de l’image.
Ainsi, la surface picturale ne se présente pas comme une image fixe, mais comme un champ dynamique où se croisent expansion et condensation, flux et tension. Le travail met en évidence un état de résonance dans lequel différents niveaux de réalité entrent en interaction.
Enfin, la structure cyclique de l’eau constitue un principe fondamental de cette recherche. Ce qui apparaît comme un phénomène aléatoire est en réalité le résultat d’un processus d’accumulation et de transformation. À travers cette approche, l’artiste interroge la manière dont des flux invisibles peuvent se manifester dans le monde visible, et propose de penser l’existence non comme une forme stable, mais comme un processus en devenir.