Le projet IN THE BOX interroge la condition du corps lorsqu’il est contraint par un espace clos, réduit, pensé initialement pour des objets et non pour un être vivant. Il s’agit ici d’une mise en scène d’un « corps rangé », d’un corps contenu dans un dispositif spatial qui lui impose ses propres normes géométriques. Ce corps, pour exister, doit s’y adapter, se conformer à une logique d’assignation.
Cette expérience renvoie immédiatement aux réflexions de Michel Foucault sur les dispositifs de pouvoir et de discipline. Dans Surveiller et punir (1975), Foucault montre comment le corps est sans cesse pris dans des espaces normés — prison, école, caserne — qui le cadrent et le dressent. Ici, l’étagère devient une métaphore de ce quadrillage : une unité de rangement, standardisée, où l’humain est réduit à la condition d’objet. L’expérience performative questionne donc l’objectification et la normalisation des corps.
On retrouve également une dimension phénoménologique : en se pliant à un espace qui n’est pas le sien, le corps engage une expérience limite. Comme l’écrivait Maurice Merleau-Ponty dans Phénoménologie de la perception (1945), le corps n’est pas seulement une chose dans le monde, il est notre manière d’habiter le monde. Or, que devient cette habitation lorsque l’espace contraint nie les dimensions organiques, respiratoires, existentielles du corps ?
Cette contrainte renvoie aussi à une lecture deleuzienne du pli et de la modulation. Gilles Deleuze, dans Le Pli (1988), insiste sur la manière dont la subjectivité se constitue à travers des rapports d’enveloppement et de déformation. Le corps enfermé dans la boîte n’est pas seulement enfermé : il devient une forme qui se plie, se transforme, se module pour s’adapter à un espace autre, et dans ce geste se révèle à lui-même autrement.
Sur le plan artistique, IN THE BOX s’inscrit dans une lignée performative qui interroge le rapport du corps à la contrainte. On pense aux travaux de Bruce Nauman, enfermé dans ses propres dispositifs architecturaux minimaux (Performance Corridor, 1969), ou à Marina Abramović, qui a fait de l’endurance et de la confrontation physique aux limites de l’espace et du temps le cœur de sa pratique (The House with the Ocean View, 2002). De même, ORLAN a exploré les modalités de l’enfermement et de la contrainte corporelle à travers la chirurgie et la mise en scène de son propre corps comme matière plastique.
Enfin, le choix de la projection vidéo hors de l’écran traditionnel, sur des volumes et des surfaces sculpturales, inscrit ce projet dans une réflexion plus large sur l’extension de l’image et sa matérialité. Comme l’ont montré des artistes tels que Tony Oursler ou Pipilotti Rist, la vidéo, sortie du cadre rectangulaire, devient un matériau plastique qui dialogue avec l’espace et les spectateurs. Le corps projeté n’est plus seulement une image, mais une présence en tension avec la matière et l’architecture qui l’accueillent.
Ainsi, IN THE BOX dépasse la simple mise en scène d’un corps enfermé. Il devient une réflexion sur les systèmes de classification et de normalisation, une interrogation sur la manière dont nos corps — biologiques, sociaux, politiques — s’inscrivent dans des cadres qui les réduisent, mais auxquels ils trouvent toujours une manière de résister, de se plier, voire de se réinventer.