Mon intention artistique est d'aller « derrière la matière »
Quel que soit le support, je cherche à atteindre ce qu’il y a derrière la matière : une forme d’« au-delà ». Cette recherche peut être frontale (aller plus loin) ou verticale (monter vers l’inaccessible), selon un parcours du bas vers le haut, jalonné de balises. C’est mon point de départ, tant que je ne me laisse pas guider uniquement par le plaisir créatif.
Aujourd'hui, pour m’en approcher, j’essaie d’aller derrière l’écran: voir ce qui est caché — et le faire apparaître par endroits pour mieux le troubler.
Supports et gestes : traverser, emprisonner, entamer
Papier translucide (recto, parfois recto/verso) : une façon de « traverser » le support et d’aller plus loin, sans repentir (sans correction possible).
Toile : j’emprisonne le signe, l’encre et le crayon sous d’autres médiums — l’apprêt et la peinture — pour jouer avec ce qui se dépose, se cache et se révèle.
Sculpture : les griffes et les trous reviennent souvent, comme des entailles qui ouvrent la matière.
Processus sur toile : cacher et révéler
Je choisis parfois de grandes toiles pour l’ampleur et la présence du format, de préférence sans cadre, afin que la tranche participe pleinement au travail.
Le processus varie selon le support :
Toile écrue tendue sur châssis : je la laisse d'abord absorber le médium, comme une manière de traverser l’écran puis je travaille couche après couche des signes, des plans, des griffes révélées et effacées.
Toile préparée : j’avance par couches successives, dans un travail patient de recouvrement et de révélation : griffes, frottements, transparences.
Sur toile préparée - comme sur toile brute - le travail se construit souvent ainsi :
Mettre en place la peinture ou l’encre.Recouvrir.Révéler en frottant, en grattant, en griffant.Dessiner et peindre.Recouvrir à nouveau (y compris le dessin pourtant visible).Redessiner, recouvrir… parfois au-delà du moment où l’œuvre pourrait sembler « finie ».
Ce va-et-vient entre apparition et effacement — entre couches, reprises et griffures — est l’expression même de ma recherche. Sur les petits formats, la démarche reste la même : moins d’ampleur, plus d’intimité.
Du visible à l’invisible : une démarche vers la spiritualité
Les superpositions, les reprises et les griffures qui dévoilent des couches plus profondes me permettent d’approcher le visible, l’invisible, le deviné, le subtil. Ce mouvement constant entre ces plans devient, au fil du travail, une démarche vers la spiritualité.
Le regardeur : du détail à l’introspection
Inviter le regardeur à s’approcher du détail, c’est l’inviter à sa propre introspection, à sa propre intimité, et à une découverte de l’Être. Cette attention au proche et au minuscule s’inscrit pour moi dans une démarche philosophique.
En parallèle : questionner les « valeurs » d’aujourd’hui
En parallèle de mon travail graphique — ou avec lui — j’aborde des questionnements liés à des valeurs contemporaines :
le statut des animaux,la relation à la mort,la liberté.
J’utilise notamment des photos numériques comme supports d’intention, traitées comme un jeu : de façon décalée ou ambiguë. La lecture peut être frontale, avec un message clair.
Mises en situation de figurines, de peluches ou d’autres objets.Objets - signes de bonheur, de saveur, d’enfance, de jeu, de fête…Contraste recherché avec une idée plus dramatique.